Charlotte Perriand

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Jusqu’en 1925 Charlotte Perriand étudie à l’Ecole de l’Union Centrale des Arts Décoratifs de Paris. Deux ans plus tard, elle ouvre son appartement-atelier et décide de proposer du mobilier moderne en métal. Si à cette période le mouvement Art Déco est à l’honneur, Charlotte Perriand lui tourne le dos. Elle est attirée par les carrosseries des voitures et passe son temps à chiner chez les concessionnaires automobiles. Charlotte Perriand est coiffée court, danse le Charleston. Au Salon d’Automne, elle propose ce qu’elle appelle son “Bar sous le toit” en cuivre nickelé et tôle d’aluminium anodisé ainsi qu’une table de salle à manger extensible possédant une glissière en acier chromé et un dessus en caoutchouc noir, accompagnée de fauteuils en cuir rouge et structure en acier chromé.

Rapidement remarquée par Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle intègre leur agence de la rue de Sèvres en 1927. Cette association durera 10 ans. Responsable du mobilier, de l’équipement et des aménagements intérieurs, elle est en contact direct avec les artisans et les fabricants et donne vie avec justesse et élégance aux concepts de Le Corbusier. Comme en témoignent ses casiers normalisés en métal, elle élabore et compose de nombreux systèmes modulaires de rangement. Cette expérience donnera naissance quelques années plus tard à ses fameux “murs rangements” et bibliothèques.

La vision de Charlotte Perriand se précise peu a peu: elle enlève, épure, affine, simplifie pour ne garder que l’essentiel. Elle fonde en 1930, avec Robert Mallet-Stevens et René Herbst,  l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes) et se lie d’amitié avec Fernand Léger. Elle n’échappe pas à l’influence de l’avant-garde moderniste mais y adhère avec méfiance, lui reprochant son caractère quelque peu aseptisé et déshumanisé.

Portrait Charlotte Perriand

En effet, la question qui passionne Perriand est avant tout la recherche d’une harmonie entre le corps et l’esprit, qu’elle expérimente dans des séjours intenses en montagne. Sa quête dépasse la création de meubles car c’est vers un art de vivre qu’elle tend, la possible existence d’un équilibre entre l’homme et nature.

Peu à peu apparaissent dans sa production fauteuils en bois et paille tressée, tabourets de vacher et tables en “forme” taillé dans du madrier de sapin. Charlotte Perriand ne distingue pas ses aspirations personnelles de son travail de designer et cela donne un éclat particulier à ses objets.

Alors qu’elle quitte l’agence de la rue de Sèvres sur un quiproquo douloureux, le Japon l’invite en mission de conseil pour l’art industriel sous la tutelle du ministère du commerce et de l’industrie. On est en 1940, accueuillie par Sori Yanagi, Charlotte Perriand vit une véritable révélation. La notion de vide lui apparait chargée d’un sens nouveau, ainsi que l’usage du  rythme et de la légèreté. Son mobilier se fait amovible, escamotable, et intègre plus que jamais des parois coulissantes. Avec Charlotte, tradition et modernité tissent de nouveaux liens au Japon. Le sensuel rencontre le spirituel au service d’une relation idéale entre le corps et l’esprit.

Chaise longue Tokyo by Charlotte Perriand

Bloquée par la seconde guerre mondiale elle reste six ans en Extrême-Orient où elle s’inspire de la philosophie zen et du savoir-faire de l’artisanat local. En France, le Bureau Central de Construction, dont font partie Jean Prouvé et Pierre Jeanneret, fabrique son mobilier dès 1942. Après un périple long et douloureux, elle parvient à rentrer en france en 1946. Elle retrouve Pierre Jeanneret dès son arrivée à Paris et ils créent des meubles économiques en bois pour l’Equipement de la Maison.

En 1949, l’U.A.M. organise au pavillon de Marsan une exposition qui fera date: Formes utiles, objets de notre temps. Cette manifestation donne naissance à la section Formes utiles, componsé de Charlotte Perriand, René Herbst,  Georges-Henri  Pingusson et Jean Prouvé. Son amitié avec Prouvé se consolide et ses ateliers fabriquent les parties métalliques de son mobilier en bois et tôle pliée. Directrice artistique de la boutique Steph Simon, qui éditera ses meubles de 1957 à 1974, elle soutient et présente le travail d’Isamu Noguchi, de Jean Prouvé et les céramiques de Jouve.

Après un nouveau séjour au japon de 1953 à 55, c’est au Brésil que Perriand s’installe pendant quatre ans. Elle se passionne pour les bois exotiques, les cannages serrés, les treillis de bois donnant naissance à un mobilier à la fois épuré, baroque et tropical. Sa grande qualité fût sa capacité à se nourrir des lieux qu’elle traversa pour laisser échapper une forme d’harmonie singulière, minimale et poétique.

Fanette Pesch

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