Pierre Paulin

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Apprenti céramiste à Vallauris puis jeune sculpteur à Baune, Pierre Paulin aime travailler de ses mains et se destine à l’artisanat. Un accident met fin à ses premières aspirations et celui-ci part pour Paris où il s’inscrit à l’Ecole Camondo. Assez vite ennuyé par l’étude des styles, Paulin rejoint l’équipe de Marcel Gascoin, pionnier de l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes) et partisan d’un mobilier rationnel, qui à l’esprit ouvert puisqu’il recrute à l’époque une ribambelle de jeunes premiers influencés par la vague scandinave. Paulin réalise en auto-édition son premier fauteuil en fil métallique et cuir avec l’aide de son père en 1953. Il présente ainsi son travail au Salon des Arts Ménagers ce qui lui permet de démarrer une collaboration avec Thonet-France.

En 1957, il réalise son premier fauteuil en mousse alvéolée garnie de tissu élastique, ce qui le mène chez Artifort, une fabrique de meuble hollandaise très au faite des nouvelles techniques industrielles. Paulin est leur seul designer français. Il imagine en 1959 le fauteuil 560, surnommé par la suite “Mushroom”, élaboré comme une réécriture de la bergère ou du crapaud et dont la particularité est d’être entièrement habillé de tissu extensible. C’est en voyant les maillots de bain en jersey qui moulent parfaitement le corps des femmes que vint à Paulin cette idée. Artifort fait alors fabriquer des mailles spécialement adaptées à l’ameublement et s’en suit une longue série de fauteuils aux formes à la fois rationnelles et généreuses.

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Si Pierre Paulin vit à Paris sous l’influence du Mouvement Moderne, nait chez lui une fascination pour Alvaar Alto, Charles Eames, Arne Jacobsen et Harry Bertoïa. Il cherche à apporter du romantisme dans la rigueur et conjugue avec talent les contradictions idéologiques de l’époque. Sa collaboration fructueuse avec Artifort lui apporte une renommée international. Il profite d’un franc succès à l’étranger mais peine à trouver de la reconnaissance en France.

Pourtant le Mobilier National, institution chargée de fournir en meubles et tapisseries le responsable de l’état depuis 1937, repère Pierre Paulin dans des revues internationales et décide d’éditer son canapé “Serpentin” en 1970. Il lui propose ensuite d’aménager le Palais de l’Elysée. En 1972, les appartements du président Pompidou sont l’occasion pour Paulin de déployer son univers à grande échelle et de décliner de nouvelles idées autour de sa sensibilité aux textiles. Il camoufle l’existant, fait disparaître les murs, et créé un espace intime et protecteur tout en rondeur et en fluidité.

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Pierre Paulin rencontre en 1975 Maïa Wodzislawska, sa future épouse, et intègre son agence AD SA dont la vocation est de rapprocher des créateurs et des industriels dans le but d’aménager des espaces ou de concevoir des produits. Paulin travaille pour Calor, Allibert, Stradford, Ericson, Dior et Téfal. Ces expériences, où le design est purement au service des entreprises, brident peu à peu sa créativité et celui-ci ne tarde pas à s’échapper vers d’autres cieux. Il décide de réaliser, avec l’aide du chef d’atelier du Mobilier National, une série de sièges reinterprétant les grands classiques de l’histoire du siège comme symbole de pouvoir. Mitterand, face à cette élégante rencontre entre classicisme et humour, lui passe commande.

En 1987, Pierre Paulin reçoit le Grand prix National de la création industrielle à Paris. Il participe à de nombreuses expositions comme “Les années 50” ou encore “Manifeste” au Centre Georges Pompidou. En 1999, alors qu’il vit retiré dans les Cévennes, la marque Habitat réédite une version mise à jour de son banc Amphys. La galerie Alain Gutharc lui offre une rétrospective. Pierre Paulin voit pointer le début d’une reconnaissance longtemps attendue. Celui qu’on croyait l’investigateur d’une pop culture à la française révéla qu’il n’avait jamais eu d’autre souhait que de devenir classique. S’il reste une part d’ombre dans la compréhension de son oeuvre, la preuve de son influence sur les designers d’aujourd’hui, tel que Tom Dixon, Konstantin Grcic ou encore les Frères Bouroullec, reste indéniable. Le parcours de Pierre Paulin est à la fois riche, complexe et passionnant.

Fanette Pesch

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